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Carnet de voyage - Inde - 11-27 mars 2014

Partir en Inde... un rêve qui m’habite depuis ma première lecture de Walking With The Comrades de Arundhati Roy [1], depuis que je me suis plongée dans l’histoire, et l’étude de la situation sociale, économique et politique de cet immense pays. S’il y a les livres, les vidéos, les interviews, je sais aussi que rien ne vaut l’expérience du terrain, les rencontres de visu, les discussions entre quatre yeux. Ce voyage a pu se concrétiser grâce au soutien inconditionnel de mes deux amours, mais n’a fait que renforcer le rêve de diffusion d’information qui m’habite depuis toutes ces années... car ce premier voyage a attisé mon désir d’en savoir plus, et surtout de partager ce qu’il m’est donné de comprendre de la population indienne au quotidien et du travail des militants sur place.

Arrivée au milieu de la nuit à Delhi, un vieux taxi brinquebalant, une circulation plus que dense, la pluie, un chauffeur exclusivement hindiphone... Réveil à l’aube au son des klaxons, des cris de singes et autres bruits de moteurs dans une ville qui ne s’arrête jamais, dans une vie qui ne s’arrête jamais. Débarquement, bouleversement, chaos intérieur, détresse, peur, abandon, perte, toutes ces sensations, tous ces sentiments m’ont habitée durant plusieurs heures, plusieurs jours à mon arrivée. Livrée à moi-même dans cet ‘autre monde’ - Partho, mon compagnon de route, ne m’a rejointe qu’après trois jours - je me souviens m’être dit plusieurs fois : ‘Si un avion pour Bruxelles part maintenant et qu’on me propose de monter dedans, j’embarque !’. Heureusement, cet avion ne s’est jamais présenté, et je ne regrette pas d’avoir mordu sur ma chique quand ce pays ne m’offrait aucun repère. En parlant de repères, le second soir, à la sortie de la station de métro la plus proche de ma guesthouse située sur le campus de la Delhi University, je hèle un rickshaw et lui donne ma destination. Il commence à pédaler, l’air sûr de lui. Nous n’avons pas fait cinquante mètres qu’il s’arrête pour demander son chemin à un taxi. Ça commence bien ! Au final, nous tournons durant 45 minutes avant d’arriver devant les portes de l’auberge. En me rendant en ville le lendemain matin, je réalise que le métro se trouve à cinq minutes à pied !

Mon séjour était extrêmement planifié grâce à Partho, le camarade avec lequel nous - secrétariat du Secours Rouge International - collaborons depuis plusieurs années, notamment pour coordonner une campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques maoïstes. Il s’était arrangé pour m’accompagner sur une bonne partie du voyage. J’avais mon itinéraire, ainsi qu’une liste longue comme le bras de personnalités que je souhaitais rencontrer. Delhi, Dehradun, Kolkata, Hyderabad, Sanjay Kak, Varavara Rao, Arundhati Roy, Sumanta Banerjee, etc., rien que ça ! Évidemment, quand on prépare un voyage, on place la barre très haut : c’est la chance d’une vie, il faut la saisir. Je partais pleine d’espoir, sans imaginer que toutes ces rencontres souhaitées, ces discussions envisagées et minutieusement préparées, allaient toutes se concrétiser.

Delhi, une ville chaotique, en perpétuel mouvement, immense et labyrinthique (c’est le cas de toutes les villes dans lesquelles je me suis rendue). Près de deux kilomètres séparent chaque station de métro, et je suis ravie qu’un ami sur place m’ait rapidement interrompue lorsque, le premier jour, guidée par mes habitudes bruxelloises, j’ai tenté de me rendre à un rendez-vous à pied, affirmant : ‘J’ai le temps, je vais me balader, il n’y a que cinq stations !’

Durant ces premiers jours, l’occasion m’a été donnée de rencontrer quelques unes des personnalités de ma liste, et notamment la ‘responsable’ de ce voyage, Arundhati Roy. L’après-midi de ma première journée dans la capitale, j’ai travaillé avec son compagnon, Sanjay Kak, au sous-titrage en français de son dernier film, Red Ant Dream. Cela faisait plusieurs mois que nous travaillions ensemble en vue d’en sortir une version française du film lorsque j’appris sa relation avec Arundhati Roy. Dès lors, quand nous nous sommes fixés rendez-vous pour terminer ensemble le travail lors de ma venue, j’ai osé lui demander de m’organiser une rencontre avec elle, ce qu’il a fait avec beaucoup de gentillesse. Elle nous reçoit le soir-même, dans son appartement d’un quartier résidentiel du sud de la capitale. Souriante, elle m’offre l’ouvrage Annilhilation of Caste, une nouvelle édition des textes de B.R. Ambedkar [2] dont elle a écrit la préface, et nous nous installons pour bavarder dans sa cuisine. Durant les quelques heures qu’elle m’accordées, nous avons pu échanger beaucoup : j’ai posé les questions et elle a accepté d’y répondre. J’ai pu évoquer avec elle sa lutte contre les grands barrages [3], sa situation judiciaire (il y a toujours plusieurs affaires en cours à son encontre), sa vision de la politique indienne et son prochain roman, une nouvelle fiction après The God of Small Things écrit il y a presque quinze ans. Après le repas, offert par elle dans un restaurant d’un quartier huppé à proximité de son appartement, elle m’appelle un taxi, et me remercie de mon intérêt pour son travail et mon implication dans le partage de celui-ci. Je me suis assise dans la voiture avec un sentiment mitigé, sentiment qui m’habite encore aujourd’hui. Je reste un peu sur ma faim, comme on dit. Il est évident que depuis mon canapé, à Bruxelles, je l’avais un peu idéalisée, comme on idéalise une personnalité qui s’investit dans une cause que l’on partage. Je l’avais imaginée au milieu du peuple, luttant avec lui au quotidien. Or j’ai rencontré une femme qui vit dans un appartement situé dans le quartier le plus chic de Delhi et qui est trois fois plus grand que le mien à Bruxelles. Une femme qui a son propre taxi-man. Toutes des petites choses qui ont quelque peu émaillées l’image que je m’étais faite. Ce qui m’a finalement le plus surprise, c’est qu’elle est loin de faire l’unanimité parmi la population. Certains la considèrent comme une petite bourgeoise qui mène son combat confortablement installée dans un système qu’elle dénonce mais dont elle s’accommode fort bien. J’ai rapidement senti qu’il ne fallait pas aborder ce sujet avec elle. Plus tard, j’en ai parlé à Sanjay qui m’a dit qu’elle était particulièrement stressée en vue de la conférence de presse organisée quelques jours plus tard à l’occasion de la sortie de son livre. Et que du coup, elle était un peu à fleur de peau. Bref, un être humain... Reste que son travail est extraordinaire, qu’il porte régulièrement ses fruits, et surtout qu’il est indispensable car en Inde, l’image publique est et restera encore longtemps je pense, une arme de poids. Au-delà de cette polémique, je garde une grande admiration pour elle.

Durant ces trois semaines, je me suis rendu compte que les méthodes militantes en Inde sont extrêmement différentes de celles qu’on utilise en Europe. Les révolutionnaires indiens ont tendance à privilégier les interpellations directes des autorités, par le biais de pétitions, de lettres ouvertes, de courriers officiels et de questions publiques. Dès lors, l’implication de personnalités publiques telles qu’Arundhati Roy a une importance primordiale, car elle donne du poids à l’action menée. Durant mon séjour, j’ai notamment suivi l’élaboration d’une lettre ouverte rédigée par les membres du comité Sanhati à destination des partis politiques qui se présentaient aux élections. Ce courrier contenait de nombreuses questions posées aux politiciens, notamment sur leurs positions à l’égard des prisonniers politiques.

Sanjay Kak fait partie de ces personnalités publiques de moindre renom qui travaillent résolument à faire circuler leurs opinions. Réalisateur autodidacte, il a écrit trois films qui composent un triptyque. Le premier, Jashn-e-Azadi, traite de la question de la liberté au Cachemire, tandis que le deuxième, Words on Water, raconte la lutte des tribaux contre la construction des barrages sur le Narmada, dans le centre de l’Inde. Le troisième volet, Red Ant Dream, est une immersion dans les jungles occupées par la guérilla maoïste. Très modeste, Sanjay parcourt le monde pour faire visionner ses documentaires et partager ses expériences de tournage afin de rendre publique la situation des plus pauvres de son pays, et de dénoncer la situation explosive au Cachemire, dont il est issu [4]. J’aurais aimé parler avec lui de ce Cachemire, de son histoire, des raisons de cette guerre civile qui n’en finit pas. Je pense qu’il aurait également aimé partager avec moi ce qu’il pense de tout ça, du rôle des forces de sécurité indiennes, de l’implication du Pakistan. Au moment de nous séparer, il m’a d’ailleurs offert le DVD de Jashn-e-Azadi ainsi qu’un exemplaire d’un livre dans lequel il a compilé de multiples articles relatant le contexte général et l’histoire du conflit, Until My Freedom Has Come - The New Intifada in Kashmir. Mais, un peu honteuse de mon ignorance, je n’ai pas osé poser de questions... Je le regrette.

Enfin, Partho arrive. Un repère, une bouée à laquelle m’accrocher pour tenter de comprendre mieux cet univers qui m’entoure. Il sera, durant tout mon séjour, un point d’accroche et une encyclopédie ambulante. D’emblée, il m’emmène à la Jawaharlal Nehru University pour assister à une réunion du comité Sanhati, créé en 2006 pour faire face aux politiques néo-libérales menées en Inde, et pour propager un esprit dissident parmi les masses indiennes, plus spécifiquement du Bengale occidental. Dès mon arrivée sur le campus, je suis surprise par le nombre d’affiches, de tags et autres appels aux rassemblements.

Je savais la JNU réputée pour être ancrée à gauche, pour avoir accueilli de nombreuses futures personnalités de la lutte populaire, mais jamais je n’aurais pu imaginer cette prolifération d’informations militantes ! A côté de la cantine, des stands de livres tenus quotidiennement par des étudiants m’ont même permis de me documenter sur l’histoire de la gauche et de la gauche radicale indiennes. Le syndicat de gauche AISA, All India Student Union, occupe d’ailleurs une majorité de sièges dans le comité syndical de la JNU. Dans son programme, l’AISA dénonce le système éducatif colonial, la privatisation et la commercialisation de l’éducation et prône une relance culturelle démocratique contre l’actuelle culture capitaliste, impérialiste, féodale réactionnaire en Inde. Plus largement, il est également impliqué dans tous les mouvements populaires pour une réforme agraire, pour éradiquer tous les systèmes d’exploitation néo-coloniaux, pour lutter contre toutes les formes de discrimination et pour aller contre toutes les nouvelles politiques économiques, la privatisation et la mondialisation. Toutes ces luttes, je les ressens dès mes premiers pas dans l’enceinte de l’université, où se retrouvent une dizaine de militants de Sanhati.

Le sujet du jour porte sur la diffusion d’interviews filmées sur le site du comité après avoir enregistré le message de militants et de personnes impliquées dans les luttes de masse. De fait, toutes ces personnes ne parviennent pas à prendre le temps d’écrire, et cela pourrait donc permettre de propager leur discours plutôt que d’attendre indéfiniment un texte qu’ils n’écriront pas. Cette discussion m’ouvre les yeux sur la faiblesse du groupe, qui ne parvient pas à mobiliser suffisamment les militants qui gravitent autour de lui. Pendant plusieurs heures, je les entends tenir un discours plus ou moins semblable à celui que j’ai pu entendre ou lire de nombreuses fois en Europe. Ils regrettent le manque d’implication des gens et le manque d’énergie déployée dans la lutte. Or, je n’avais jamais imaginé que les organisations indiennes puissent être confrontées à de telles situations. A ce moment-là, je réalise qu’en Europe, nous idéalisons peut-être parfois quelque peu le mouvement militant indien, et que la gauche révolutionnaire militante n’est peut-être pas toujours aussi forte. Cette impression se confirmera plus ou moins tout au long de mon voyage. Cela représente, je pense, une des plus grandes surprises politiques de mon voyage. Les quelques heures de débat aboutiront à la décision de poursuivre dans cette voie, d’essayer de trouver quelqu’un qui pourrait s’occuper du montage vidéo, de tenter de rassembler le matériel nécessaire au tournage et surtout, d’essayer de convaincre les personnes à interviewer que c’est une démarche qui en vaut la chandelle. Je me couche ce soir-là partagée entre espoir et désespoir, moi qui avait imaginé un mouvement indien fort et solide. Espoir néanmoins de voir que les militants impliqués croient plus que jamais en la justesse du combat, et surtout, en leur possible victoire sur l’ennemi.

5h, debout ! En route vers le nord, et la demi journée de tourisme que je suis parvenue à négocier avec Partho. En effet, le lendemain matin, nous allons faire la visite du Rajaji National Park, avec l’espoir de voir des éléphants et autres tigres du Bengale. Le parc se trouve à mi-chemin entre Delhi et Dehradun, notre prochaine destination politique. Le safari se révélera infructueux pour ce qui est de la faune exotique, mais cette matinée en pleine nature, dans le silence de la jungle, s’avèrera être un moment ressourçant dans mon éreintant voyage.

A l’issue de notre ballade matinale en jeep, nous nous mettons en route pour la capitale de l’Uttarakhand située aux pieds de l’Himalaya, où nous avons rendez-vous avec Sumanta Banerjee. L’homme, aujourd’hui âgé de près de 80 ans, était journaliste à l’époque de l’insurrection de Naxalbari, à la fin des années soixante. A la demande de son éditeur, il se lance dans la rédaction d’un livre consacré à cette dernière. Il plonge dans le mouvement auquel il s’identifie de plus en plus au point d’intégrer finalement le parti et d’entrer dans la clandestinité. De retour dans la ‘vie civile’, il publie In the Wake of Naxalbari, un ouvrage riche de son expérience personnelle que j’ai traduit avec grand intérêt. Sumanta nous fait l’honneur de nous recevoir chez lui, et, éclusant des verres de rhum, répond à toutes mes questions sur l’histoire du mouvement naxalite. Je lui demande également de me livrer son opinion sur la situation actuelle et sur sa vision de l’évolution possible de l’insurrection face à la répression croissante. Mais je me retrouve confrontée à une certaine langue de bois. Je reste, malgré tout, une étrangère qui débarque avec ses interrogations, et la répression constante impose probablement une prudence à mon égard. Sumanta est la première personne face à laquelle j’ai ce sentiment de manque de confiance que je retrouverai avec de nombreux autres militants. Il ne se livrera pas. Bien sûr, il me raconte ce qui se passe, bien sûr, il me dit tout le mal qu’il pense de la politique néo-libérale du gouvernement, du manque d’investissements publics dans les régions tribales permettant aux maoïstes d’y construire leurs bases, mais il ne me dira rien de ce qui constitue fondamentalement le mouvement révolutionnaire. D’ailleurs, personne ne répondra de manière précise à aucune de mes questions à ce sujet. J’ai néanmoins passé une soirée délicieuse avec un vieil homme qui a partagé avec moi son histoire, et son engagement actuel.

De retour à Delhi après plus de sept heures de train, nous passons l’après-midi avec Gautam Navlakha, également membre du collectif Sanhati. La discussion tourne autour des élections futures, et de ce texte à soumettre aux partis qui s’y présentent. J’ai beaucoup lu les écrits de Gautam, et notamment son livre Days and Nights in the Heartland of Rebellion rédigé après avoir passé une quinzaine de jours, en compagnie de l’auteur suédois Jan Myrdal, avec les guérilleros dans la jungle. En lisant cet ouvrage, j’avais pu déjà me rendre compte du côté ‘droit de l’hommiste’ de Gautam. La discussion de vive voix confirme cette réalité quasiment impensable pour moi : cet homme, convaincu par la lutte menée par les guérilleros dans la jungle, est en même temps un ardent défenseur de la démocratie bourgeoise. Il m’explique, par exemple, que s’il obtient des élus, le nouveau parti Aam Aadmi Party, lancé en 2012 et dont le programme est basé sur la lutte contre la corruption, pourra transformer la politique indienne. Je suis ébahie par ce discours, mais une nouvelle fois, je me rends compte que la réalité indienne n’est semblable à aucune réalité européenne, et que dès lors, ce discours peut être crédible. Parce que les maoïstes constituent les maillons d’une chaîne de luttes que certains prolongent jusqu’au système bourgeois, même si c’est loin d’être le cas de tous les militants dont une grande partie reste révolutionnaire.

Contrairement à ce que j’ai déjà pu expérimenter, ici, la frontière entre révolution et réformisme n’est pas toujours évidente, elle est mouvante et parfois même, difficile à percevoir. Dans une moindre mesure, au fil de mes rencontres, j’ai réalisé que le sectarisme était absent des luttes de masse de la gauche révolutionnaire indienne. J’ai été frappée de voir que malgré leurs différends, les militants et les organisations sont capables de se rejoindre sur des éléments de lutte précis. Régulièrement, ils parviennent à produire des textes communs, à rédiger des appels conjoints concernant des thèmes particuliers, ce qui s’avère souvent impossible en Europe. En effet, le sectarisme est chez nous, une réalité très présente. Pour les militants d’organisations de masse en Inde, il s’agit de quelque chose de très abstrait, alors que les factions se comptent par dizaines au sein du mouvement maoïste, et que les luttes intestines rongent quotidiennement son travail révolutionnaire. Cette quasi-absence de sectarisme des luttes de masse en Inde permet clairement de renforcer la crédibilité des actions menées par les diverses organisations. Après plusieurs discussions sur place, j’en ai conclu que la situation en Inde est tellement complexe, le travail à accomplir tellement immense, que les militants sont en quelque sorte ‘obligés’ de faire preuve d’esprit de collaboration et de ménager la chèvre et le choux, quitte à faire abstraction, pour agir concrètement, de certaines de leurs convictions politiques. Il m’a également rapidement semblé évident, même si personne ne l’a jamais évoqué, que certaines alliances sont purement tactiques, notamment dans la lutte globale contre les forces intégristes hindoues soutenues par le gouvernement.

Après ces quelques heures passées à Delhi, nous embarquons pour ce qui sera notre plus long trajet : Delhi-Kolkata en train de nuit. Malgré le confort plus que sommaire des banquettes, j’ai dormi douze heures d’une traite, coincée entre six Bangladeshis. Probablement la nuit la plus longue de tout mon séjour. Les deux jours qui suivent s’avèreront être les plus intenses de mes trois semaines de rencontres et de découvertes. A notre arrivée, après avoir passé quelques coups de téléphone, Partho m’annonce qu’il est parvenu à me fixer deux rendez-vous avec des familles de prisonniers politiques. Gautam, un ami rencontré à Bruxelles et résidant à Kolkata, accepte de jouer l’interprète, tous ces gens parlant exclusivement le bengali. Je ne voyais alors qu’une opportunité magnifique de me plonger dans cette réalité que je ne vivais que par procuration, sans réaliser le lot de douleur humaine, de craintes, de frustrations et de tourments qui fait la vie de ces familles.

Le lendemain, nous embarquons dans un train local vers la banlieue de Kolkata où les parents de Abhishek Mukherjee ont accepté de me consacrer quelques heures. Abhishek était à la tête d’un front estudiantin avant de rejoindre le parti en 2009 et d’entrer dans la clandestinité. Il a été arrêté en 2013 après avoir été très actif dans la lutte de Nandigram, au Bengale occidental, au cours de laquelle des milliers de paysans se sont soulevés contre la spoliation de leurs terres ancestrales. Inculpé de plusieurs délits, Abhishek est en détention provisoire depuis son arrestation. Ses parents me reçoivent dans leur minuscule deux-pièces et nous nous installons tous les quatre sur leur lit. La rencontre est plus humaine que politique. Son papa se fait un point d’honneur à me parler en anglais, ce qui limite les échanges. Il me raconte les conditions de détentions exécrables, les brimades des gardiens, les difficultés pour établir un contact avec son fils, le manque de communication de la part des autorités, etc. Il me raconte surtout combien Abhishek est un garçon bien, convaincu de la justesse de sa lutte, et impliqué dans un mouvement totalement dirigé vers autrui en vue de la construction d’une société meilleure. Le moment le plus intense de cette rencontre survient lorsque sa maman me fait part de la répression sociale à laquelle ils font face dans le village depuis que leur fils est en prison. Ils sont surveillés en permanence par la police locale et sont victimes de discrimination de la part des villageois qui les considèrent comme des criminels. La vie est devenue pour eux extrêmement compliquée depuis qu’Abhishek est détenu, mais ils restent dignes, continuent à soutenir leur fils et font tout ce qu’ils peuvent pour le faire sortir de prison. Je leur promets que je ferai tout mon possible pour que la campagne internationale que nous mettons en place en Europe permette la libération de tous les jeunes qui croient en un autre monde et pour faire passer leur message à travers mes travaux. Quelques jours après mon retour à Bruxelles, Partho m’a dit qu’Abhishek avait été libéré sous caution, et qu’il était de retour chez ses parents. Toujours inculpé, mais en liberté.

Le lendemain, toujours sous l’aile de mon ami Gautam, je découvre Kolkata, ses ruelles embouteillées, ses multiples modes de transports, son métro bondé mais surveillé comme un aéroport avec des portiques de détection à chaque entrée, sa misère, son luxe, le Gange pollué et les librairies surréalistement encombrées et rassemblées dans ce vrai labyrinthe qu’est le quartier des bouquinistes. Comme dans les dessins animés, les livres semblent former piliers, murs et étagères, se soutenant mutuellement, m’amenant à ne pas oser en toucher un seul de peur de tout faire s’écrouler. A la recherche d’un livre, inutile de faire le tour des échoppes : chaque commerçant dispose d’un ‘assistant’ prêt à partir chercher l’ouvrage demandé dans le dédale de ruelles !

Après ces quelques heures de vagabondage, nous enfourchons la moto de Gautam pour nous rendre à l’extrême sud des faubourgs de la ville, à la rencontre de la maman de deux jeunes hommes détenus, l’un depuis quelques années, l’autre depuis plusieurs mois. Une nouvelle fois, nous débarquons dans une maison plus que modeste, avec un canapé et un lit pour tout mobilier. Dès qu’elle commence à parler, la maman fond en larmes. Gautam, extrêmement ému, ne parvient plus à faire suivre la traduction. La situation est terrible, je ne peux ni comprendre, ni intervenir et ne sais où me mettre. J’ose demander à Gautam de me donner quelques éléments de la conversation, ce qu’il fait finalement tant bien que mal. L’un après l’autre, ses deux garçons ont été emmenés par des policiers qui ont fait irruption à leur domicile, et qui les ont embarqués après avoir passé la maison au peigne fin. Il y a quelques mois, son mari est mort de chagrin, ne pouvant plus supporter l’absence de ses garçons. Elle ne comprend pas les motifs de leur arrestation. Elle est terrorisée, elle a peur de dire quelque chose qui pourrait se retourner contre elle ou contre ses fils, au point que durant notre rencontre, elle téléphone à plusieurs reprises au comité de soutien pour leur demander conseil. Aujourd’hui, elle n’est même pas sûre de la prison dans laquelle son aîné est détenu. Lorsque je lui pose la question, elle reprend son téléphone, contacte un membre d’un comité de soutien et lui pose la question. Cette maman ne peut rien me transmettre d’autre que son chagrin, sa détresse, son angoisse, mais surtout sa solitude. Je ressens le besoin de partager ses sentiments et son désarroi, mais après quelques tentatives, j’abandonne l’idée de prendre part à la discussion. Je les laisse discuter, sans plus demander de traduction. Après une petite heure, Gautam prend le temps de me résumer ce qu’elle lui a dit. Je me sens tellement mal que notre départ ressemble à une fuite. A l’arrière de la moto de Gautam, je pleure longuement. A l’avant, mon compagnon est silencieux, pour la première fois. Nous nous arrêtons assez vite, sur un marché, pour prendre un verre, partager nos émotions, et pour réfléchir à la valeur de notre travail. Nous remontons sur la bécane un peu soulagés, mais ma nuit sera habitée de policiers, de gardiens de prison violents et de mamans en larmes.

Mon voyage touche à sa fin, il me reste une personne à rencontrer. Partho avait convenu pour moi d’un rendez-vous à Hyderabad avec Varavara Rao, poète révolutionnaire impliqué dans la lutte révolutionnaire depuis les années 60. Il fut l’un des émissaires envoyés par le parti pour des négociations avec les autorités gouvernementales locales en 2004. Je suis accueillie à Hyderabad par Tatah, un professeur de l’université qui se propose de m’accompagner chez VV, comme il est communément appelé. Sur le trajet, nous nous racontons nos engagements politiques respectifs, et j’apprends qu’il est à l’origine d’un collectif de soutien aux travailleurs migrants. Je dois rester deux jours en ville, et il me propose de les passer avec lui et ses camarades, ce que j’accepte d’emblée. La rencontre avec VV est courte mais intense. L’homme de 73 ans, vif d’esprit, est plus actif que jamais. D’emblée, il m’invite à la conférence du CRPP, le Committee for the Release of the Political Prisoners, où il doit prendre la parole le lendemain (nous nous y rendrons, mais celle-ci étant entièrement en Télougou, la langue locale, je déclarerai vite forfait). Nos deux heures d’entretien sont centrées sur sa vie de militant, sur ses séjours à répétition en prison (le dernier en 2006) et sur la manière dont il en tire profit pour son écriture.

Dans les années 60, plusieurs poètes se sont rendus compte qu’ils étaient de plus en plus désillusionnés par le système. Ils décident alors de se rassembler pour former une organisation constituée de poètes, mais aussi d’intellectuels et d’artistes. Il s’agit alors du premier mouvement d’écrivains post-Naxalbari. Dans son manifeste, l’organisation affirme que la voie de Naxalbari est l’unique voie et qu’elle s’inspire directement des luttes paysannes. Dès sa création, elle est prise pour cible par les autorités. La répression ira de l’interdiction des textes publiés jusqu’à l’arrestation de plusieurs de ses membres, parmi lesquels Varavara Rao. Ce sera son premier séjour en prison. Une question s’impose à moi : pourquoi, s’il prône la voie de Naxalbari et en fait la propagande, n’a-t-il jamais adhéré au parti ? Il m’explique que c’est un choix personnel car il estime que la Constitution indienne lui offre une liberté de parole dont il souhaite faire usage. En effet, il s’estime en droit, en vertu de ce texte, de prôner la lutte révolutionnaire, et même la lutte armée. La clandestinité qui accompagnait l’adhésion au parti lui fermait cette possibilité. Donc, depuis les années 60, il claironne que la lutte armée est la seule voie pour libérer le peuple, utilisant ses multiples procès comme des tribunes. Sachant qu’il a fait plusieurs séjours plus ou moins longs en prison, je lui demande de me raconter la réalité des prisonniers accusés de liens avec la guérilla maoïste. Il m’explique que ces prisonniers ont certains privilèges, comme celui de recevoir certains journaux, voire même parfois des livres, mais qu’ils sont également la cible de multiples restrictions comme la censure du courrier, l’interdiction de visite ou le placement à l’isolement. VV a, pour sa part, subi une période d’isolation de cent jours, qui lui a inspiré un livre. Il m’explique que dans ce contexte, l’une des principales revendications de la lutte actuelle est la reconnaissance, par les autorités, du statut de prisonnier politique. En effet, à l’intérieur des prisons, certains détenus sont considérés comme des ‘prisonniers naxalites’. Or, ce statut n’existe pas dans les textes légaux. Il y a donc une loi, qui s’applique à l’intérieur des établissements pénitentiaires, et qui dépend uniquement de l’humeur des autorités. Je réalise alors l’importance de thématiser cette question dans notre solidarité internationale. Il me raconte également combien pour lui, la lutte passe par la sensibilisation des masses, que ce soit par la culture, par la politique ou par la lutte armée. C’est la première fois que j’ai cette impression de me trouver face à quelqu’un qui est fondamentalement et intrinsèquement convaincu de la justesse de la lutte armée menée par le parti maoïste. Et de la nécessité d’un parti fort afin de prendre le pouvoir et d’instaurer ‘tout le pouvoir au peuple’.
Prenant en exemple la lutte de certains prisonniers politiques en Europe, je lui demande s’il est possible de faire un travail politique à l’intérieur des prisons. Pour sa part, il a toujours continué sa propagande derrière les barreaux quand il était en contact avec d’autres prisonniers. Et quand je lui demande comment il faisait lorsqu’il était à l’isolement, il me répond avec un regard malicieux qu’il trouvait toujours bien un moyen d’entrer en contact avec les autres détenus.

Il me raconte ensuite ce qui s’est passé durant quatre mois entre fin 1993 et début 1994. Trois membres du parti détenus dans trois différentes prisons de l’Andhra Pradesh ont lancé un vaste mouvement pour une amélioration des conditions de détention et pour la libération des prisonniers de longues peines. Sous leur leadership, des milliers de prisonniers de droit communs ont entamé une grève de la faim et ont suivi le mouvement. A l’extérieur, la lutte a été massivement soutenue par des actions multiples, l’écriture de textes, de chansons, la publication de magazines, de tracts et de pamphlets, l’organisation de vastes meetings. A l’issue de ce vaste mouvement, le gouvernement a cédé et a libéré 400 prisonniers condamnés à la perpétuité. Aucun d’entre eux n’était membre du parti, ce qui, pour VV, constitue la plus belle preuve de la cause pour laquelle les maoïstes luttent au quotidien. La discussion se conclut par son implication dans les pourparlers de paix en 2004, pourparlers qui ont échoué après l’assassinat de plusieurs dirigeants maoïstes au cours de ‘rencontres’ armées avec des soldats de la contre-insurrection. Pour lui, il y a trois choses fondamentales pour toute avancée : un cessez-le-feu de la part des autorités, une redistribution des terres et la sortie de l’Inde d’institutions telles que la Banque Mondiale et donc l’instauration d’une autonomie financière pour rejeter la dépendance occasionnée par leurs programmes.

Tatah m’emmène ensuite à une réunion de son comité. Il est question d’organiser l’action du lendemain. En Andhra Pradesh, il y a énormément de briqueteries et de fours à brique. Les propriétaires de ces usines manquent terriblement de main-d’oeuvre à certaines périodes de l’année, et ont mis en place un système d’exploitation lucratif pour eux et destructeur pour les ouvriers. Au mois de septembre, ils se rendent dans l’Odisha voisin pour y rencontrer les paysans, qui, à cette époque de l’année, sont sans ressources et ne disposent même pas de quoi acheter leurs semences. Les propriétaires leur proposent de l’argent, de quoi terminer la saison et ‘nourrir’ leur famille. En contre-partie, entre le mois de janvier et le mois de juillet, au moment de la saison morte pour l’agriculture, ces derniers s’engagent à venir en Andhra Pradesh pour travailler dans les fours à brique. Totalement démunis, les paysans doivent accepter cet arrangement. Au mois de janvier, ils plient bagages, souvent avec femmes et enfants, pour aller travailler à l’usine. Les terres étant stériles, peu irriguées et improductives, ils n’en n’ont tiré souvent aucun profit. Dès lors, lorsqu’ils arrivent en Andhra, toute la somme reçue a été dépensée, et ils ne disposent plus d’aucune ressource. De son côté, le propriétaire estime leur avoir déjà payé leur salaire et ne leur fournit que de quoi acheter ce qu’il estime être le strict minimum pour manger. Mais cela n’équivaut qu’à un sac de riz par semaine et par famille...

Le collectif mis en place par mon hôte entend lutter pour les droits de ces travailleurs migrants, et l’action du lendemain est le premier pas de cette lutte. Il s’agit de se rendre sur un marché dominical local afin de sensibiliser les travailleurs. Le projet est d’organiser une grève d’une journée afin d’exiger des propriétaires un salaire de base, l’interdiction du travail des enfants, un minimum de droits sociaux et des conditions de travail convenables, notamment au niveau des normes de sécurité pour l’électricité (deux travailleurs sont décédés d’électrocution ces derniers mois). Le plan des militants est simple, mais sur le terrain, la situation est difficile. Les ouvriers sont soumis à des brimades quotidiennes, les femmes sont souvent victimes de violences sexuelles et il est donc inimaginable de faire valoir leurs droits d’êtres humains. Durant plusieurs heures, les camarades discutent sur la manière avec laquelle il faudra aborder les travailleurs, sur ce qu’il faut dire pour qu’ils ne s’enfuient pas au premier mot et qu’ils prennent part à cette action de grève. La conclusion est claire : ils sont tellement réprimés qu’ils ont perdu toute notion de dignité. Il ne reste qu’à foncer et leur dire de se battre pour un avenir meilleur.

Dimanche, midi. Nous montons dans un bus (enfin, un ‘truc’ qui roule tant bien que mal trimbalant 60 passagers pour ses 30 places !) pour nous rendre dans un village situé à quelques dizaines de kilomètres d’Hyderabad. Le trajet est long, très long, plusieurs heures, et la chaleur est accablante, probablement plus de 40 degrés. Je mords sur ma chique, je sens que c’est un moment important de ce voyage. Nous nous dirigeons immédiatement vers le marché. Je me mets dans le sillage d’une camarade, et la suis à l’assaut des travailleurs. Une nouvelle fois, il m’est impossible de prendre part à l’action, tout se fait soit en Télougou, soit en Oriya. Néanmoins, la tension est palpable, la peur des femmes est manifeste, le trouble des ouvriers évident, et l’étonnement des enfants réel. Le tout est, semble-t-il, de leur faire comprendre que l’objectif est de tenter de les aider. Je sens que la crainte des représailles de la part des propriétaires est plus forte que tout le reste. Les femmes sont incapables de regarder les militants dans les yeux, et souvent, le ton monte. On m’explique que nous sommes perçus comme des intrus, et que les paysans pensent que quoi que nous fassions, leur situation sera empirée en raison de la colère de leurs exploiteurs. Après plusieurs heures de discussions intenses et acharnées, nous rebroussons chemin. Les camarades sont mitigés, et ont peur que la pression des propriétaires ne soit trop forte pour que l’action puisse porter ses fruits. Ils sont malgré tout contents, car beaucoup d’ouvriers ont pu entendre ce qu’ils avaient à dire, et surtout, ils ont montré leur présence. La décision est d’emblée prise d’y retourner le dimanche suivant. Pour ma part, je suis complètement captivée par l’initiative de ce mini-collectif d’une petite dizaine d’étudiants qui a entrepris de mobiliser les premiers concernés, de leur faire regagner leur dignité et de leur donner la possibilité de lutter pour une vie décente. Ce soir-là, je vais me coucher avec une bonne insolation, une grande fatigue, et le sentiment d’avoir eu la chance de partager un moment d’engagement militant comme j’espérais en vivre en préparant mon voyage. A l’heure où j’écris ces lignes, la journée de grève n’a pas encore pu être organisée car ils attendent l’autorisation de la police. Ils estiment que la répression de la part des propriétaires contre les paysans et leur famille sera tellement forte que ce serait une erreur d’y ajouter le risque d’une répression policière.

Plus que deux jours, à Delhi. Je devrais prendre le temps d’aller discuter avec une camarade du collectif Sanhati qui travaille sur les questions de genre et qui voudraient que nous partagions nos visions indiennes et européennes. Gautam Navlakha m’avait proposé de repasser quelques heures avec lui, notamment pour discuter plus concrètement de son ouvrage. Un professeur de la Delhi University avait également suggéré à Partho de prendre rendez-vous pour discuter autour d’un verre. Au conditionnel... (ce professeur a été arrêté à son domicile le 9 mai dernier dans un raid mené par la police du Maharashtra, et placé en détention pour ‘prétendus liens avec des dirigeants maoïstes). Je ne ferai rien de tout ça. Arrivée à Delhi en avion depuis Hyderabad, je pose mon sac à la guesthouse dans un état d’épuisement total. Ces quinze jours ont été tellement intenses que je suis exténuée.

J’ai vécu une accumulation d’informations, d’émotions, de rencontres, de partages et de discussions à laquelle s’est ajoutée la fatigue d’un voyage de plus de 5000 kilomètres. Je dois me reposer et décide d’annuler mes derniers rendez-vous. Je ne suis plus à même d’être à l’écoute, ni de partager mes idées avec qui que ce soit. Ce périple m’a apporté plus que ce que je ne pouvais l’imaginer, et surtout, la furieuse envie de poursuivre le travail amorcé ces dernières années. Trois mois plus tard, après avoir récupéré les kilos perdus et les cinquante heures de sommeil de retard, je peux repenser à Partho, aux parents d’ Abhishek, à VV, à Tatah, à la maman en pleurs, aux étudiants d’Hyderabad, aux paysans terrorisés, etc. Si lointains et si proches, leur combat est le nôtre. Vive la solidarité internationale !

Cet essai a été initialement publié dans le Partisan Magazine, organe de l’organisation OCML Voie Prolétarienne - http://www.vp-partisan.org/article1376.html


[1Arundhati Roy est une auteur indienne qui, après le succès international de son premier roman (The God of Small Things) s’est lancée dans la rédaction d’essais politiques tout en s’impliquant dans divers mouvements contre la globalisation et l’impérialisme en Inde. En 2010, elle passe plusieurs semaines dans une ‘zone maoïste’ du centre de l’Inde où elle rencontre des guérilleros, mais aussi leurs familles et camarades. Walking with the Comrades est le récit de ce séjour. Traduit par mes soins, la version française de cet essai est disponible sur ce site-même

[2Juriste et homme politique indien né en 1891, il est le principal rédacteur de la Constitution de l’Inde. Toute sa vie, il a mené compagne contre les discriminations sociales et a lutté pour l’égalité des droits des femmes et des membres des basses castes.

[3Depuis 1947, des milliers de barrages ont été construits dans les vallées indiennes, submergeant des milliers de kilomètres carrés de terres cultivables et déplaçant des millions de personnes. Plus de 3300 barrages ont été construits en vue d’améliorer l’irrigation et les apports en eau dans les campagnes. Pourtant, des millions d’Indiens ne disposent toujours pas d’eau potable. Par contre, ceux-ci ont coûté des milliards d’argent public et sont considérés par les militants anti-barrages comme des monuments de la corruption nationale et internationale. Arundhati Roy y a consacré un de ses essais, The Greater Common Good dont la traduction française se trouve dans le recueil L’Ecrivain militant.

[4Par sa situation, le Cachemire représente un enjeu politique et stratégique pour l’Inde et le Pakistan qui se disputent ce territoire montagneux depuis la Partition en 1947. A l’époque, les Anglais ont accordé le droit à l’autodétermination au Cachemire, lui permettant d’être rattaché au Pakistan, à l’Inde ou de conserver son autonomie. Le processus de choix aboutit à un conflit armé suite à l’invasion du nord-ouest de la province par des tribus soutenues par le Pakistan. L’homme alors à la tête du Cachemire demande son aide à l’Inde, entrainant la première guerre indo-pakistanaise. Depuis, trois autres conflits armés se sont succédés et aujourd’hui, la situation n’est toujours pas réglée.